“Quelques éléments précisent pour la mer Méditerranée, et bientôt la mer Rouge, risque bien de voir leur milieu dégradé "pour de bon". Ou surtout pour le mauvais... Des prises échantillonnées de divers animaux et organismes végétaux attestent de cette tendance. ”
Ce n’est pas nouveau, mais ça s’aggrave : 500 échantillons de thon rouge, crabe, pieuvre, requin, dauphin et baleine récemment récoltés en mer Méditerranée recelaient une teneur moyenne en mercure supérieure à 1 mg par kilo, soit 2 fois la norme tolérée par la législation.
Tous les poisons (un seul « s » au milieu) déversés continuellement dans cette « poubelle » se retrouvent à tous les niveaux de la chaîne alimentaire : eau plancton végétal -> plancton animal poisson -> oiseau ou homme, à des concentrations d’autant plus fortes que le niveau est plus élevé (au sommet, c’est nous qui dégustons). Ainsi, la concentration en mercure du poisson est 3.000 fois supérieure à celle de l’eau. Les plantes aquariums ne sont pas épargnées.
Les experts en biologie marine jugent la situation inquiétante. Mais qui s’intéresse encore aux poissons et autres bestioles marines, ne serait-ce qu’à la bactérie, à part quelques pêcheurs et aquariophiles? En tous cas, apparemment, pas les industriels. Pourtant les poissons des mers japonaises (sûrement les plus riches… au moins en mercure, cadmium, etc.) sont déjà en piteux état : tumeurs et déformations en tous genres les agrémentent. La mer du nord (les moules hollandaises n’ont rien à envier aux poissons japonais) puis la méditerranée prennent le même chemin : le mal s’étend. Bientôt la mer Rouge ?
Quelques notions simples d’écologie permettent de mieux cerner l’importance de ces problèmes.
Tout d’abord, qu’est-ce qu’une chaîne alimentaire ? Tout simplement l’ensemble des liens entre les mangeurs et les mangés. Voici un exemple simplifié pris dans le milieu aquatique :
- oiseau mangeur de poisson (ichtyophage) = consommateur 4
- poisson prédateur d’autres poissons = consommateurs 3
- poisson mangeur de plancton animal = consommateurs 2
- plancton animal (ex copépode) = consommateur 1 (herbivores)
- micro-algues = producteurs

Les producteurs, un eucaryote, souvent des végétaux comme la salicorne, fabriquent la matière organique de leurs tissus à partir d’éléments minéraux et d’énergie solaire (assimilation chlorophyllienne). Par contre, les consommateurs ne peuvent fabriquer la leur, qu’à par tir de matières organiques préexistantes (végétales ou animales).
Une chaîne alimentaire naturelle, une sorte d’aquascape naturel, est rarement simple et est mieux représentée par un réseau, tel celui de la figure 1 qui concerne la faune d’un marécage : une espèce sert souvent de nourriture à plusieurs autres.
Il faut savoir aussi que, lors du passage d’un niveau à un autre, 90% de l’énergie est perdue par respiration et élimination des déchets du métabolisme : le rendement est faible. En d’autres termes, il faut 100 kg d’herbe pour faire 10 kg de boeuf qui seront converti en 1 kg de
viande humaine. Ou, en termes aquariophiles, 100 gr de daphnies ou de vers de vase seront nécessaires pour obtenir 10 gr de Barbus ou de Scalaire.
Que se passe-t’il lorsqu’un élément (toxique ou non) est déversé dans la mer ou dans un fleuve ? Selon sa nature et celle du milieu qui le reçoit, une partie plus ou moins importante va se solubiliser et pourra alors être absorbée par les algues au cours de leurs processus métaboliques. Par l’intermédiaire des chaînes alimentaires, toute substance qui contamine l’eau peut alors être incorporée dans les tissus de tous les organismes vivants.
Mais il y a pire : la plupart des organismes, dont chaque hétérotrophe, vont concentrer dans leurs tissus les éléments absorbés. Par exemple, les grandes algues marines (Fucus et Laminaires) sont connues pour concentrer l’iode de l’eau de mer. La concentration de l’élément va donc augmenter à chaque niveau alimentaire. De ce fait, le prédateur situé en haut de la chaîne présentera le taux de concentration le plus élevé, donc, s’il s’agit d’un élément toxique, la contamination la plus forte.
Peut-être êtes-vous saturés de « pollution » ? A force d’en entendre parler, l’attention et l’intérêt s’émoussent. Cependant, le problème demeure. Sans verser dans un catastrophisme excessif, il faut cependant y réfléchir sérieusement. Est-il absolument inévitable ou est-ce par « facilité » que tant de poisons sont déversés dans un milieu dont nous tirons beaucoup de merveilles et… pas mal de nourriture.